
Le château de Guédelon en août 2019, tours et échafaudages de bois. Photo : Benoît Prieur, CC0, via Wikimedia Commons.
Au fond d'une forêt de l'Yonne, on entend le bruit des marteaux sur la pierre, le grincement d'une roue en bois et le souffle d'une forge. Ici, pas de grue ni de bétonnière : depuis près de trente ans, des femmes et des hommes construisent un vrai château fort, pierre après pierre, avec les outils et les gestes du XIIIe siècle. Bienvenue à Guédelon, le seul chantier au monde où l'on peut voir naître un château du Moyen Âge.
Où se trouve Guédelon ?
Le chantier se trouve sur la commune de Treigny, en Puisaye, dans l'Yonne (Bourgogne-Franche-Comté), à une trentaine de kilomètres au sud-ouest d'Auxerre. Il est installé dans une ancienne carrière, au milieu des bois et près d'un étang, entre les autoroutes A6 et A77 qui relient Paris au sud de la France.
Le lieu n'a pas été choisi au hasard. Au Moyen Âge, transporter des matériaux coûtait cher et prenait du temps : on bâtissait donc là où tout était à portée de main. À Guédelon, la carrière fournit le grès, la forêt donne le bois, et le sol offre l'argile, le sable et l'eau.
Un rêve un peu fou, né en 1994
L'idée vient de Michel Guyot, propriétaire et restaurateur du château de Saint-Fargeau, tout proche. En 1994, il imagine de construire un château fort à partir de rien. Il réunit un comité scientifique d'historiens et d'archéologues, et confie la direction du chantier à Maryline Martin. Les plans sont dessinés par Jacques Moulin, architecte en chef des monuments historiques.
La première pierre est posée le 20 juin 1997. Le chantier ouvre au public le 1er mai 1998 et attire 80 000 visiteurs dès la première année. Prévu pour durer 25 ans, il joue aujourd'hui les prolongations : la fin des travaux est désormais espérée vers 2030. Entre-temps, Guédelon est devenu le troisième monument le plus visité de Bourgogne-Franche-Comté, après les Hospices de Beaune et la citadelle de Besançon.
Le château d'un petit seigneur imaginaire
Pour rester fidèle à l'histoire, l'équipe s'est inventé un client. Le château appartient à un seigneur fictif, Guilbert, un petit noble de Puisaye qui aurait lancé son chantier en 1228. Comme il n'est pas très riche, son château reste modeste : pas de pont-levis, pas de douves, pas d'oubliettes, mais un donjon, une chapelle, une chambre seigneuriale et un moulin.
Le modèle choisi est le château « philippien », du nom du roi Philippe Auguste : un plan presque carré d'environ 150 mètres de tour, avec six tours rondes (quatre aux angles et deux pour l'entrée) reliées par de hauts murs de 9 mètres. Le donjon, appelé tour des maîtres, devrait atteindre 28,50 mètres et sera sans doute la dernière tour achevée.

Une brouette en bois, comme toutes les machines du chantier. Photo : Benoît Prieur, CC0, via Wikimedia Commons.
Une quarantaine d'œuvriers sous vos yeux
À Guédelon, on ne parle pas d'ouvriers mais d'« œuvriers », le mot du Moyen Âge. Ils sont une quarantaine à travailler sur place, et chacun a son métier. Les carriers extraient le grès ferrugineux, une pierre couleur rouille, au pied même du château : il en faudra environ 30 000 tonnes. Les tailleurs de pierre façonnent ensuite les blocs ; pour une pierre simple, un tailleur en produit trois par jour.
Autour d'eux, les bûcherons abattent les chênes, les charpentiers montent les échafaudages et les charpentes, les forgerons fabriquent les clous et réparent les outils, les tuiliers cuisent l'argile de la forêt. On croise aussi un vannier, qui tresse les paniers servant à porter le mortier, et un cordier, qui fabrique les cordes.
Les charges lourdes montent grâce à des « cages d'écureuil », de grandes roues en bois dans lesquelles un homme marche. Ce système lui permet de soulever seul 150 kilos à plus de quatre mètres de haut. Et le pont dormant de l'entrée, achevé en 2002, compte 57 troncs de chêne et 670 clous forgés à la main.
Un laboratoire à ciel ouvert
Guédelon n'est pas un parc d'attractions. C'est d'abord une expérience d'archéologie : en construisant pour de vrai, l'équipe vérifie comment les bâtisseurs médiévaux s'y prenaient, et découvre parfois que la théorie ne marche pas. Alors on défait, on reconstruit, on corrige, comme un vrai maître d'œuvre du XIIIe siècle.
En 2014, un moulin à eau a ainsi été bâti dans la forêt avec l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap). Il s'inspire de deux moulins médiévaux retrouvés lors de fouilles à Thervay, dans le Jura. L'aventure a aussi passionné la télévision britannique : la BBC lui a consacré une série documentaire en 2014.

Un toit en bardeaux de bois à Guédelon. Photo : Christian Dupré, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.
Ce qui a changé en 2026
Chaque saison apporte son lot de nouveautés. En 2025, la grande porte du château a été posée et la chapelle a reçu une grande fenêtre gothique, fixée par 900 clous forgés sur mesure. Pour 2026, l'équipe annonçait l'ouverture aux visiteurs de la salle de la herse, la pose de lambris de chêne sous la charpente de la chambre seigneuriale, avec 2 000 clous à forger, et de nouvelles peintures murales dans la chapelle.
Quand y aller ?
Guédelon vit au rythme des saisons, comme un chantier médiéval. La saison 2026 a ouvert le 2 avril et se termine ce dimanche 1er novembre : les œuvriers rangent leurs outils pour l'hiver. Le chantier rouvrira au printemps, et c'est le bon moment pour préparer votre visite. Le printemps et le début de l'automne sont idéaux : moins de monde qu'en plein été, et la forêt est superbe.
Que faire à Guédelon ?
- Regarder les tailleurs de pierre au travail et leur poser vos questions : ils adorent expliquer leurs gestes.
- Voir tourner une cage d'écureuil et monter les pierres comme au XIIIe siècle.
- Visiter le moulin à eau dans la forêt.
- Faire le tour des ateliers : forge, tuilerie, vannerie, corderie, teinturerie.
- Réserver un atelier pratique (la réservation se fait après l'achat des billets d'entrée).
- Prolonger le séjour en Puisaye : château de Saint-Fargeau, château de Ratilly, parc animalier de Boutissaint ou maison natale de Colette à Saint-Sauveur-en-Puisaye.
Pourquoi c'est un trésor caché
Guédelon est connu des familles de la région, mais beaucoup de Français n'y sont jamais allés. C'est pourtant un lieu unique : un château qui n'est pas une ruine ni une reconstitution figée, mais un monument vivant qui change d'une année sur l'autre. Revenir après quelques saisons, c'est voir une tour qui a grandi ou un toit qui a été posé. Où ailleurs peut-on dire qu'on a vu un château se construire ?
Infos pratiques
- Où : Treigny, en Puisaye (Yonne, Bourgogne-Franche-Comté), à environ 30 km au sud-ouest d'Auxerre, accès par la D955.
- Saison : en 2026, du 2 avril au 1er novembre, en général de 10 h à 17 h 30, avec fermeture certains mardis et mercredis ; les dates 2027 seront publiées sur le calendrier officiel de Guédelon.
- Durée : comptez au moins une demi-journée (environ 4 heures), idéalement une journée entière.
- Billets : en vente sur le site officiel de Guédelon ; les ateliers se réservent après les billets d'entrée.
- Conseil : le site est en terre battue et en forêt, prévoyez de bonnes chaussures et un vêtement de pluie.
Vous avez déjà vu les œuvriers de Guédelon au travail ? Racontez-nous votre visite en commentaire, et votez si cet article vous a donné envie de partir en Puisaye au printemps !
Sources : Wikipédia, site officiel de Guédelon, Office de tourisme de Puisaye-Forterre.
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Ce qui rend Guédelon encore plus étonnant, c'est son modèle : le chantier se finance sans argent public, grâce aux entrées, à la boutique et à la restauration, avec environ 300 000 visiteurs par an. Les artisans prennent aussi le temps d'expliquer leurs gestes au public, ce qui explique en partie que le chantier dure plus longtemps qu'au XIIIe siècle.